Petit résumé de «Villes en bord de mer»[1] de René Vázquez Díaz
Par:
Teresa M. Mendoza Poma
«(…) mais jamais je ne doutais que j’écrirais des livres.
En Scandinavie ou n’importe où»[2]
Il y a quelques
jours, une personne m’a donné un livre autobiographique écrit par Monsieur René
Vázquez Díaz que j’appellerai respectueusement René. Le roman s’appelle «Villes
en bord de mer». René est un écrivain cubain qui maintenant habite à Malmö
(Suède). Dans le livre il raconte comment il a traversé la Pologne et l’Allemagne
pour arriver en Suède avec l’objectif de devenir écrivain.
À 22 ans, René a
décidé d’être le maître de sa propre vie et d’atteindre ses rêves. Il a décidé
de partir de Pologne, d’abandonner la stabilité et toutes les choses qu’il
avait atteintes jusqu’à ce moment, comme l’université, ses amies et Danusia (la
femme qu’il aimait) et d’arriver en Suède. Cependant, la décision et le voyage
n’ont pas été faciles, il est parti en prétextant une visite à son frère (frère
qui n’existe pas) qui habitait à Stockholm, pendant les fêtes de Noël et le
jour de l’An. Il est parti avec un Péruvien, Felipe.
Le mardi 24
décembre 1974, Danusia l’a accompagné à la gare centrale de Varsovie. Elle a beaucoup
pleuré, dans un premier moment à chaudes larmes et puis de façon désespérée, et
par moments il a pensé qu’elle connaissait toute la vérité, qu’il ne reviendrait
jamais. Avec le «Mitropa» (le nom du train), René et Felipe sont partis en Suède.
Felipe non plus ne savait pas la vérité.
Pendant le voyage
il a beaucoup réfléchi, par moments il avait peur parce que il n’avait ni
passeport, ni visa valide, il avait uniquement un «passeport spécial» cubain. À
ce moment, il s’est rendu compte de la folie de son voyage et qu’il ne pouvait pas
traverser l’Allemagne et entrer en Suède avec ce passeport. Il pensait à son
destin de naufrage et de destruction[3] et
qu'il était sur le point de devenir un «délinquant international», comme il se
définissait lui-même[4].
Dans le Mitropa,
il a aussi pensé à ses études en Pologne, à l’université, à ses efforts pour
apprendre la langue polonaise et également à Danusia. Concernant Danusia, il s’est
dit qu’une fois qu’elle connaitrait la vérité, elle ne lui pardonnerait pas et
qu’il perdrait irrémédiablement son amour.
«Une superbe femme, dans tous les sens du terme, et que je devrais abandonner»[5],
il a donc eu une envie irrépressible de pleurer, une envie de se mettre à
crier de douleur, « [m]ais les hommes ne
pleurent pas. Nous, comme le dit le cliché, nous défions le destin», cet-à-dire
que nous nous en allons.»[6]
C’est ce qu’il a pensé.
Une fois en
Suède, René a dit toute la vérité à Felipe qui a failli mourir d’une panique
rétroactive, d’un accès de colère suivi d’une crise de nerfs. René pensait que
la raison de la réaction de Felipe était due au chantage qu’il voulait exercer
sur René mais qui n'était pas possible à cause de la réponse intelligente de
René. Felipe pensait probablement que s'il avait insisté sur son chantage, il
aurait probablement réussi. Ils se sont séparés une fois qu’ils sont arrivés à
Trelleborg (Suède).
À Malmö, il a
compris qu’il était devenu un fugitif, un émigrant, un exilé[7]. Des
années plus tard, un professeur allemand dira qu’il est un loup solitaire de la
littérature cubaine[8].
À ce moment, il s’est demandé pourquoi les personnes migrent et quelles sont
leurs destinations pendant la migration. Voici ses réflexions:
«(…) l’histoire du siècle a été
celle de l’exil et des migrations et tout portait à croire que cette situation
empirerait. Des grands mouvements de groupes humains, et par conséquent
d’individus, c’est le signe des temps. Pourquoi abandonne-t-on-son pays natal? Le
monde n’est pas un lieu paisible, me dis-je et les motivations de l’être humain
sont toujours mystérieuses. Par exemple, les miennes. Le communisme offrait des
solutions à de grands problèmes de l’humanité, en même temps qu’il étouffait
les gens dans une mer de chaînes invisibles. L’essence antihumaniste et
déprédatrice du capitalisme fomente des guerres sanglantes, pensais-je,
intronise des dictatures fascistes et accroît la misère, cependant que les
souffrances de l’humanité empirent.(…)
En Pologne, mes amis mexicains
m’avaient raconté le drame qui chaque jour se jouait le long de la frontière
avec les États-Unis. Des centaines de milliers de Latino-Américains essayaient
de traverser la frontière à la recherche des avantages que procurait le pays
exploiteur du Nord. Des milliers de Chiliens fuyaient les chambres de torture
de Pinochet. Les militaires brésiliens avaient torturé et assassiné le père
d’Alice, un médecin aux idées socialistes. Les riches du monde refusaient aux
pauvres la possibilité de sortir de leur désespoir. Les gens émigrent pour fuir
l’oppression politique, pensais-je, ou pour vivre avec l’être aimé ou
simplement pour sauver leur vie.
Moi je quittais mon pays comme un
remède urgent à une situation personnelle insoutenable.»[9]
René a également pensé
que quand les personnes migrent, il y a parfois une nécessité capitale d'apprendre
une nouvelle langue. Il s’est dit que chaque personne doit apprendre la nouvelle
langue sans renoncer à son individualité. L’intégration à la culture du pays
est aussi importante pour l’apprentissage de la nouvelle langue. Il a réfléchi:
«Devrais-je changer de langue? Rien
que d’y penser me donnait des frissons. À ce stade je lisais bien l’anglais, je
parlais couramment le polonais, et je savais que chaque langue exprime à sa
façon la nature, les émotions, les ambiances et les perceptions (…)
(…) Si vraiment j’arrivais à débarquer
en Suède, j’essaierais d’apprendre le suédois rapidement, tout énigmatique et
impénétrable qu’il semblât, et j’étudierais la littérature suédoise comme
n’importe quel natif»[10].
La nuit de Noël, à
Malmö, il a dormi à l’extérieur, il a ressenti un froid qui lui a provoqué des
tremblements qui allaient et venaient, mais tout à coup et heureusement un
pasteur est apparu et l’a invité à partager un réveillon alternatif de Noël.
René lui ai raconté toute la vérité. Le lendemain de Noël muni d’un annuaire
téléphonique, René a appelé Antonio Manzano, un inconnu. René a choisi par
hasard monsieur Manzano, il a pensé à chercher une personne du nom de famille
González, Rodríguez ou Pérez. Antonio Manzano était espagnol et il était chef
dans un hôtel très sélect. Antonio était une bonne personne qui le jour où ils
se sont connus lui a demandé s’il savait cuisiner.
En définitive et
apparemment, la vie de René pendant les années qu’il raconte dans «Villes en
bord de mer» a été très compliquée, mais par son intermédiaire, nous pouvons
comprendre la situation d’une personne, dans ce cas étrangère, qui poursuit ses
rêves malgré des difficultés et des décisions compliquées et parfois
douloureuses. Et je suis presque sûre qu’aujourd’hui il peut penser que ses
efforts en valaient la peine. Merci René d’avoir partagé avec nous cette
expérience fascinante et en même temps malheureusement entachée de douleur
humaine.
Strasbourg, 24 août 2020
[1] Vázquez Díaz, René. Villes en bord de mer. Traudit de l’espagnol par Bernard Michel.
Paris: Initiales, 2009
[2] Ibidem, p. 23
[3] Destin de naufrage et destruction sont utilisés
dans le livre. Voir p. 26.
[4] Ibidem, p. 19
[5] Ibidem, p. 27
[6] Ibidem, p. 28
[7] Fugitif, émigrant et exile sont utilisés dans
le livre. Voir p.34
[8] Ibidem, p. 34
[9] Ibidem, p. 33
[10] Ibidem, p. 24.
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